Sortir du nucléaire : remettre l’avenir au cœur du débat démocratique

Pargerardpirotton

Sortir du nucléaire : remettre l’avenir au cœur du débat démocratique

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«Les méchants ont sans doute découvert quelque chose que les bons ignorent». – Woody Allen

L’opposition au nucléaire comme source d’énergie a été pour moi fondatrice. Au moment de la vie où se construisent les options qui structurent une vie et lui donnent sa colonne vertébrale, le combat anti-nucléaire a bâti chez moi quelques convictions et vigilances que réactive l’actualité (fermeture des centrales en 2025)

J’entends aujourd’hui des arguments qui font montre de la même mauvaise foi, du même cynisme, de la même inconscience qu’il y a quarante ans. Ainsi, les médias parlent de peur et d’angoisse et d’une population que des porte-parole divers s’efforcent de rassurer. Prenons cela comme point de départ pour en démonter la logique fallacieuse.

Selon ce discours, la peur serait du côté de la population ignorante, tandis que le savoir rassurant serait du côté des experts. Il serait démagogique de surfer sur cette peur pour relancer le débat contre l’option nucléaire et la décision de fermeture progressive des centrales n’aurait été dictée que par des raisons idéologiques…

Démonter les logiques sous-jacentes

On le voit : du point de vue des partisans du nucléaire, la logique caricaturale argumentative se construit en une opposition binaire. Les anti-nucléaires seraient irrationnels et émotionnels, passéistes, surferaient avec démagogie sur des craintes non fondées, n’avanceraient que les arguments idéologiques, tandis que les pro-nucléaires seraient rationnels et guidés par l’expertise des scientifiques de pointe, le souci d’assurer de façon responsable et réaliste un approvisionnement énergétique nécessaire au progrès.

Anti- nucléaire Pro-nucléaire
Irrationnel Rationnel
Passéiste Progressiste
Démagogique Responsable
Idéologique Réaliste

Si l’on veut pouvoir penser et agir aujourd’hui, c’est très précisément ce cadre implicite qu’il s’agit d’identifier, de contester et de refuser. Mais il s’agit surtout de bien voir qu’il peut être retourné, point par point. Les analyses et les propositions des écologistes montrent qu’il est irresponsable, irrationnel et intenable de conserver au nucléaire la place occupée aujourd’hui dans la production d’électricité et qu’une politique d’avenir se doit de tourner le dos à ce choix historique.

Des experts s’approprient le débat.

Il y a d’autres choses encore. Le recours à des experts pour expliquer ce qui se passe contribue à faire de l’option nucléaire une affaire de haute technicité, limitant les discussions à une sphère extrêmement réduite de spécialistes. Ce recours à l’expertise de techniciens (on va procéder à des crash tests…) infantilise une opinion publique. Ne rassure-t-on un enfant pour qu’il s’endorme et pour que les adultes puissent s’occuper des choses grandes personnes ?

On ne fait pas appel à la responsabilité et à l’intelligence citoyennes et le débat politique démocratique se voit exproprié d’un sujet fondamental : les orientations prioritaires de notre avenir collectif.

Aujourd’hui la question n’est donc pas «Faut-il sortir ou non du nucléaire ?» mais plutôt «Comment s’agit-il de réorganiser nos modes de vie et de vivre ensemble sur cette planète pour pouvoir sortir au plus tôt du nucléaire, tout en gérant, pendant des centaines, voire des milliers d’années, les conséquences des options énergétiques prises dans les années soixante et septante?».

Seuls de vastes débats démocratiques et une pédagogie des enjeux peuvent construire un contrepoids suffisant pour soutenir des décisions politiques courageuses, qui devront aller résolument à l’encontre des intérêts financiers, industriels et géopolitiques qui sont en jeu.

Gérard Pirotton
Dans les suites de Fukushima – 17 mars 2011

Pargerardpirotton

De Wever favorable à un scrutin majoritaire. Décodage

Bart de Wever veut un scrutin majoritaire? (Annonce RTBF, 20 sept 2020).

Contextualisons. Bien sûr, il ne faut pas sous-estimer la dimension tactique. Etre le parti majoritaire dans la population majoritaire du pays, cela ne se refuse pas! Mais prenons davantage de hauteur encore en faisant un peu de droit constitutionnel et en mettant en évidence qu’un scrutin peut avoir au moins deux objectifs différents.
Dans le premier cas, il vise à obtenir une assemblée parlementaire qui soit à l’image des différentes sensibilités présentes dans le chef des électeurs/trices. Ici, le parlement est à l’image de la diversité qui compose le pays concerné. Ce scrutin est dit «proportionnel». La difficulté est alors de composer un exécutif qui soit nécessairement le fruit d’une négociation entre quelques-unes des composantes de cette diversité. Dans le second cas, le scrutin vise à avoir un exécutif qui dispose d’une majorité large et stable devant l’assemblée, sa représentativité est donc secondaire par rapport à la lisibilité et la solidité qu’il permet de dégager. Les nécessaires «compromis» se font au sein des formations politiques qui se présentent au suffrage, chacune d’elles ambitionnant de gouverner seule. Ce scrutin est dit «majoritaire».
Les Etats-Unis ou la France sont des exemples de scrutins majoritaires. Une expression rend compte de ce système : «The winner takes all» – le vainqueur emporte la mise. La Belgique, la Suisse, le Danemark… sont des pays dits «consociatifs», c-à-d pétris de diverses sensibilités qui trouvent à s’exprimer dans des groupes, des organismes, des associations et… des partis politiques et un système conséquent. Le scrutin proportionnel qui y prévaut est cohérent avec la coexistence de ces diversités.
Au-delà de l’avantage électoral recherché et de la nécessité où il est d’exister à côté d’un Belang envahissant, la référence au scrutin majoritaire de Bart de Wever est donc en rupture avec le caractère «consociatif» de la Belgique. En cela il est aligné sur les invariants de son programme. D’une part, la Belgique dans son ancien fonctionnement n’existe plus et les choses sont bien gérées quand les Flamands seuls décident pour les seuls Flamands. D’autre part, selon lui, il existe un peuple flamand, unanime, dont il est l’incarnation et l’expression, («Je vous comprends, je vous écoute, je parle en votre nom parce que je vous connais…»), sans la médiation que représentent les différents corps intermédiaires.
Concluons. Pour les démocrates, l’enjeu crucial est de faire apparaître les diversités et les tensions qui caractérisent les habitants de Flandre et la nécessité d’un système politique qui soit à l’image de cette diversité.

Pargerardpirotton

Trop tard ?

A celles et ceux qui pensent que 20 %, ce n’est pas beaucoup, parce qu’il reste encore une disponibilité de 80%…
Reprenons cette allégorie. Un étang sera totalement mort si les nénuphars recouvrent toute sa surface et empêchent donc la lumière de passer…
Sachant que la surface couverte par les nénuphars double chaque jour, quel est de dernier moment pour agir ?
– Vous avez trouvé ?
– La réponse est: « Avant que les nénuphars n’aient couvert la moitié de la surface de l’étang« .
Faute de cette intervention, l’étang sera mort le lendemain…
A méditer…