Canicules, sécheresses, méga-feux, désolations… Pour les écologistes, il est tentant, bien sûr, de saisir cette opportunité pour « communiquer » sur le sujet. On stigmatise, à juste titre, l’inaction, l’imprévoyance, l’aveuglement, le court-termisme, la légèreté, l’amateurisme des pouvoirs publics. Dans un tel contexte, communiquer ainsi est bien sûr essentiel, mais il importe aussi d’en mesurer les limites. Examinons cela, sous l’angle de l’approche cognitive du langage. On va le voir, cela vient interroger nos croyances sur l’entendement humain, si pas les remettre en cause.
Une première croyance pourrait se formuler ainsi : les gens savent que ces épisodes sont liés aux perturbations du climat. Ils sont conscients que ces bouleversements du climat de la terre sont le résultat des activités humaines depuis le début de l’aire industrielle. On voit alors qu’il suffit d’expliciter cette croyance pour mettre au jour ses limites.
Une deuxième croyance, tout aussi déraisonnable, consiste à estimer que cette conscience conduit vers l’action. Or, rien n’est moins vrai. Connaître les méfaits de la vitesse au volant, du tabac ou de l’alcool n’empêche ni les accidents mortels, ni les cancers du poumon, ni la cirrhose du foie. De plus, ici, la confusion logique si fréquente entre météo et climat vient renforcer ce constat et ses conséquences. Quand il pleut, on prend un parapluie ; quand il fait chaud, on prend un parasol. On ne cherche pas à empêcher la pluie, on ne cherche pas à empêcher le soleil. Tout le monde sait que l’on ne peut agir sur la météo, c’est le bon sens ! En clair : savoir ne conduit pas à agir et l’information ne conduit pas à l’action.
Troisième croyance : les événements ont eu cette fois une telle démesure que les gens comprendront et seront prêts à changer leur mode de vie. Or, comme on a pu le voir lors des inondations mortelles de juillet 2021, il n’en va pas ainsi. Le premier mouvement des « gens » est d’accuser les autorités d’avoir mal géré les barrages, plutôt que de voir, dans la démesure même de ces événements, une nouvelle manifestation des dérèglements climatiques et une nouvelle incitation à en tirer cette conclusion : il est vital de procéder à des changements collectifs radicaux.
Résumons : nous croyons que les gens savent, nous croyons que le savoir mène à l’action. Et dans la phrase précédente, c’est le verbe « croire » qui est important !